Le Byssus, une histoire de la soie de mer

Bonjour !

Doucement le blog entame sa rentrée, avec des tas d’idées d’articles, dont certains sont en cours pour ces prochains jours ! Aujourd’hui c’est un article axé sur l’Histoire du textile et du costume que je vous invite à découvrir avec pour thème : le Byssus!

C’est une collègue qui termine son deuxième Master pour devenir archéologue qui m’a dit que dans l’Antiquité on avait tissé et tricoté du « fil de moule » (Merci Astrid!)… étrangement il n’en a jamais été fait mention dans mes cours en école d’Art ou costume… ce qui n’a fait qu’éveiller ma curiosité ! Après quelques recherches j’ai été aspiré par cette envoutante anecdote qui se révèle être un Art à part entière. Ce sont donc les palpitations que j’ai éprouvé en découvrant cette histoire passionnante que je souhaite partager avec vous à travers cet article.

 

Le Byssus !? Qu’est ce que c’est ??

Le Byssus est un faiseau de filaments qui permet à certains mollusques (moules etc…) de se fixer. Ces fibres sont produites par une glande byssogène. « Byssus » (Sea-shell fabric en anglais) vient du grec (bossos) signifiant « étoffe de lin ». Plusieurs nom ont été ensuite attribué comme « soie de mer », « soie marine » , « soie des rois » ou encore « l’or de la mer ».

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Moules et ses byssus lui permettant d’adhérer solidement sur des surfaces.

Le mollusque utilisé fait partie de la famille des bivalves (qui s’ouvrent en deux coques) on lui donne différents noms tels que : « Grande Nacre », « jambonneaux » ou encore son nom scientifique : Pinna Nobilis. Cette grande moule peut atteindre plus de 70 cm, elle est comestible et se vend sous le nom de « Cornet ».

Enfoncé dans le sable ou attaché aux rochers, la Grande Nacre est fixée par un Byssus soyeux, fort long et assez fin pour être tissé.

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Grandes Nacres enfoncés dans le sable

Dans la région méditerranéenne on utilise les filaments du Byssus pour tisser, tricoter des éléments du vestiaire tels que des châles, des foulards ou des gants… les fils de couleur brun-beige doré sont très soyeux. Le tissu que l’on obtient grâce à eux est d’une telle finesse qu’une paire de gants ainsi fabriquée peut être pliée dans une boîte d’allumettes. Il y a très longtemps, dans les pays méditerranéens, on appelait ce tissu « tarentine ». On en fabrique encore à Palerme en Sicile; mais il est considéré comme très rare et très précieux.

Les traces de tissus et étoffes en Byssus remontent à l’Antiquité tardive, il fut également très apprécié au Moyen-Age, les dernières traces datent du début du XXème siècle.

De la pêche à la soie de mer…

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Pêche des Grandes Nacres

La pêche de la Grande Nacre nécessite une technique et instruments particuliers, sa pêche nécessite un plongeur et un matelot de part la puissance de prise de l’animal sur son habitat… Aussi magnifique le résultat soit il, sa pêche reste d’une grande cruauté car pour récolter les houppes (les fibres de byssus) la mort de l’animal est inévitable.

Après avoir récupéré le Byssus, il faut encore le préparer pour pouvoir en faire un tissu… Le byssus est mis à tremper plusieurs fois dans différents produits, et mis à sécher entre chaque étape. Durant l’Antiquité, on utilisait de l’ammoniaque (qui est contenu naturellement dans l’urine de vache, dans laquelle on faisait tremper les touffes de byssus !), avant de le remplacer par l’acide citrique, contenu dans le jus de citron.

Après tous ces traitements, le byssus devenait de couleur beige-doré, et formait de longs fils fins qu’il était possible de tisser, pour en faire une étoffe : c’est la soie de mer.

Pour collecter à peine quelques centaines de gramme il implique de sacrifier plus d’un millier de Grande Nacre.

L’espèce est protégée depuis 1992, sa pêche est interdite. Cependant des techniques permettant d’extraire le Byssus sans tuer l’animal ont été exploités, ceci tout en mesurant et modérant les prises, la pêche des filaments est réservée à la restauration d’oeuvre pour le patrimoine ou dans des cas précis toujours dans un soucis de préservation du geste et de l’Art de la soie de mer de manière générale.

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On peut cependant admirer au Museum für Naturkunde de Berlin une paire de gants tissés en soie de mer, offerte par l’évêque de Tarente au roi Frédérique Guillaume II lors de sa visite à Naples en 1822.

Au Field Museum of Natural History de Chicago est exposé un manchon acquis à Tarente en 1893 pour l’Exposition Mondiale de Chicago. C’est un travail dit « à façon de fourrure » utilisant les houppes entières, cousues couches après couches sur un support tissé, résultant en une apparence de fourrure dotée de la brillance dorée caractéristique des fils du Byssus.

En 1868, deux mille sept cents Grandes Nacres furent utilisées pour réaliser la cape nuptiale entièrement de Byssus pour les noces de Maria Pia de Savoie (1847-1911) avec le roi du Portugal (1838-1889).

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Maria Pia de Savoie par Carolus Duran (1880)

D’autres vestiges beaucoup plus anciens sont encore visibles, soit dans de rares églises d’Europe, soit lors d’expositions ponctuelles faisant suite à des trouvailles archéologiques. La provenance de ces pièces ne peut être déterminée avec précision, mais on peut estimer qu’elles viennent du centre de la Méditerranée (probablement des Pouilles, de Sardaigne ou de Sicile). On compte parmi ces raretés :

Bonnet de mailles 100% byssus, daté du XIV° siècle et retrouvé à Saint-Denis (France) où il est conservé au Musée d’Art et d’Histoire

 

 

chasub2Chasuble dite de Saint-Yves, conservée en la basilique de Saint-Yves à Louannec (Bretagne). Datant du XII° siècle, de façon hispano-mauresque, ce vêtement d’apparat est entièrement brodé de griffons et d’Arbres de Vie. Ce motif est récurrent dans l’iconographie traditionnelle de l’île de Sant’Antioco (Sardaigne). En supposant que telle est l’origine de l’ouvrage, il est facile d’imaginer comme vecteur les moines bénédictins de Saint-Victor de Marseille, qui restaurèrent le sanctuaire de Sant’Antioco au XII° siècle.

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Chasuble de St-Yves à Louannec, Bretagne datant du XIIème siècle

 

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Gant tricoté en soie marine, Golfe de Tarente, fin du 19ème siècle. Photo John Hill

 

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Le voile de Manoppello – imprimée sur un byssus – Vers 1506

 

  Le voile de Manoppello est une image de Jésus-Christ imprimée sur un byssus, un voile de 17,5 × 24 cm, à l’origine plus grand. Cette relique d’origine inconnue est arrivée à Manoppello en 1506, apportée par un pèlerin inconnu, qui a disparu sans laisser de traces immédiatement après la livraison au père Giacomo Antonio Leonelli. Il est conservé au sanctuaire de Manoppello (Pescara) dans les Abruzzes, à 90 km de Rome. Cette image aurait servi de modèle pour les représentations ultérieures de la Sainte Face.

Dans les textes…

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20.000 Lieues sous les Mers – Jules Verne  Parution 1870

« Bientôt j’eus revêtu mes vêtements de byssus … fabriqués avec les filaments lustrés et soyeux qui rattachent aux rochers les « jambonneaux », sortes de coquilles très abondantes sur les rivages de la Méditerranée. Autrefois, on en faisait de belles étoffes, des bas, des gants, car ils étaient à la fois très moelleux et très chauds. »

(L’équipage du Nautilus porte des vêtements en Byssus)

Jules Verne – 20.000 Lieues sous les Mers

 

 

 

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Le byssus dans l’Ancien Testament

l’Ancien Testament évoque la soie de mer et la pourpre marine : Salomon (Chroniques, II° chant) demande au roi de Tyr (Phénicie – Liban) de lui fournir un maître-artisan habile au tissage du byssus et aux teintures violettes ou cramoisies faites avec la pourpre du murex. Un autre passage révèle que les lévites du choeur étaient vêtus de byssus.
L’ensemble du texte biblique contient rien moins que 45 versets évoquant le byssus.

 

 

 

L’opéra de Judith d’ Alexandre Serov en 1863 comprend une aria :

“Je vais enfiler ma robe de byssus”

 

Le Byssus intéresse la science…

Le pouvoir adhésif très collant du Byssus (colle sécrétée par le pied de la moule) fait l’objet d’étude en médecine pour être reproduite sous forme synthétiqueà dessein d’être utilisée en chirurgie comme par exemple pour la cicatrisation ou encore pour réparer des os et des dents cassés. Le Byssus est étudier pour bien d’autres possibles avancées dans les traitements médicaux… preuve que tout est dans la nature !

 

Voir et en savoir plus…

En 2013, Efisia Murroni, une tisseuse de soie de mer âgée de 100 ans surnommée “la signora del bisso” (née en 1913) est décédée. Malgré cette perte son travail est montré Dans le Museo Etnografico di Sant’Antioco le travail d’Efisia Murroni, une ancienne tisseuse de soie de mer est exposé. D’autres éléments de Byssus sont exposés dans divers musées à travers l’Europe.

 

Sources :

https://www.byssus.fr

http://www.sardolog.com/bisso/france/quoi.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Byssus

https://fr.vikidia.org/wiki/Soie_de_mer

https://www.nrgaia.eu/soie-de-mer.htm

 

Merci à toutes les sources ci-dessus sans lesquelles je n’aurais pas pu construire un article de présentation convenable (les liens des sources vous donneront des informations bien plus référencées et complètes que les miennes).

J’espère que cette introduction à la découverte du Byssus vous donnera envie comme moi d’en savoir plus.

 

A très vite pour un nouvel article !

 

Arlette.

 

2 commentaires sur “Le Byssus, une histoire de la soie de mer

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  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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