L’Invention du Bronzage de Pascal Ory – Part. 1/2

Bonjour !

Voilà enfin l’article que j’avais hâte de terminer et de publier… malgré l’effort il se tiendra en deux parties ! Quand on aime l’Histoire et qui plus est, l’étudier et « la porter » nous nous sommes tous et toutes posés la question du bronzage « to be or not to be », la réponse semble évidente jusqu’à la Première Guerre Mondiale, mais à partir des années 20 cela devient plus difficile à comprendre en terme d’origine et de mode… bref

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Ambre solaire l’Oréal fin des années 40 & Huile Solaire Nivéa des années 50

Le 4 Septembre je me balade au rayon Histoire de la Fnac et là je tombe sur ce livre :

L’Invention du Bronzage

de Pascal Ory aux Editions Flammarion, Champs Histoire

-Livre édité la première fois en 2008, ici il s’agit de la réédition de 2018-

Le jour même je me lance à sa lecture, qui comme l’indique le titre complet est « un essai d’une histoire culturelle ». Aujourd’hui après avoir travaillé quelques jours sur cet article entre notes, recherches d’archives perso… à travers ce post je vous présente le livre certes souvent paraphrasé, copié, cité mais présenté ! Je vais tâcher d’aller à l’essentiel mais le livre est tellement intéressant qu’il est difficile de passer trop vite sur certains faits et anecdotes. Petit mais dense !  Quoi qu’il en soit je souhaite que cet article vous donne envie de lire le livre !

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L’Invention du Bronzage de Pascal Ory

Résumé du livre :

« Bronzage: action de recouvrir un objet d’une couche imitant l’aspect du bronze. » La définition donnée par le dictionnaire Littré en témoigne: on ne songeait guère, sous le Second Empire à aller étendre son corps au soleil !

Au début du XXème siècle, ombrelle et chapeaux rivalisent avec les préparations blanchissantes pour préserver la peau des méfaits du grand air. Dans les années 1930, les maillots de bain s’échancrent; on préconise les bains de soleil contre l’acné et la cellulite… Comment est-on passé, en une vingtaine d’années, de la phobie du soleil à son exaltation ? Sous ses apparences futiles, le bronzage est un fait social riche de significations. Pascal Ory se fait avec brio d’un objet peu étudié par les historiens, et qui fut pourtant l’une des principales révolutions culturelles du XXème siècle.

Pascal Ory

Professeur émérite à la Sorbonne, chargé de cours à l’INA, Pascal Ory est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages portant sur l’histoire politique et culturelle des sociétés modernes, dont L’Histoire culturelle (5e édition, PUF, 2015), L’identité passe à table (PUF, 2013), ou encore Le Discours gastronomique français, des origines à nos jours (Gallimard, 1998).

 

Sommaire

Livre de 145 pages articulé en six parties :

1 – Quoi ?

2 – Quand ?

3 – Accompagner

4 – Soigner

5 – Modeler

6 – Jouir

 

Chapitre 1 : QUOI ?

 

Introduction au clair et à l’obscure…

Pour débuter, il faut remonter à la 1ère chrétienne, et un distinguo du clair et du sombre, du noir et du blanc. Le sombre s’associe à la nuit et le clair à la lumière.

Le blanc est attribué à Marie, vierge absolue et au christ, innocent absolu.

Le Noir est affecté au négatif, au diabolique, au péché et à la damnation.

Petite note intéressante : le mot « Candeur » vient du latin « Candor » qui signifie blancheur, « Candidus » d’un blanc éclatant. Lien direct à l’innocence et la virginité. (Ce qui a donné le prénom Candide -titre à lire au passage-)

Ce qui donne de la couleur à notre peau est la production de la « Mélamine » qui vient du grec « Mélanos » qui signifie Noir. (Ce qui a donné le prénom Mélanie)

On note aussi une référence au deuil en noir chez les adultes et au deuil en blanc pour les enfants à condition que ces derniers aient été baptisés (qu’ils soient innocent.)

C’est au Moyen-Age que l’allusion au canon pigmentaire fait son apparition avec la littérature médiévale et le « Roman courtois » qui dépeint toute l’imagerie des dames pâles, de leur preux chevaliers…

D’ailleurs j’en profite pour dire que ceci est très bien expliqué dans la conférence : « Robes de fées et contes de princesses de Blanc Odile  » voir podcast sur le site de l’IFM (Lien: Podcast IFM Odile Blanc )

Le processus de « civilisation » accentue la part ethnique et pigmentaire qui vient différencier les « peuples ».

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Nuancier de couleurs de peau de chez l’Oréal

De manière plus générale, le nuancier de l’épiderme avait un pouvoir hiérarchique dans la société, si on est « bronzé » c’est que l’on travail au champs, à l’extérieur et que notre situation est associée à une classe sociale basse, plus on est blanc plus notre rang est élevé dans la société et plus on est vertueux… ça peut sembler succinct mais c’est un peu ça. D’ailleurs on entends encore parfois des « bobos » octogénaire dirent encore de nos jours à leurs petits enfants rentrant de vacances tout dorés comme des abricots :  » Oh ! Comme il est bronzé ! On dirait un petit paysan… » pour vous dire…

Bref, revenons à notre Ancien régime épidermique, Pascal Ory distingue trois lectures :

1) un Mythos: discours intellectuel

2) un Logos: discours éthique

3) et un praxis: un ensemble de pratiques concrètes

 

  1. Du côté du Mythos on s’appuiera sur la peau narrée à travers des contes, des romans, des nouvelles, fictions aussi lyriques que poétiques. Mais aussi les fictions plastiques telles que les tableaux, dessins, représentations théâtrales puis début XXème le cinéma et ses films en noir et blanc.

Dans cet univers la femme aura à voir avec le lys, blanche neige, l’ivoire, l’albâtre, le marbre, la neige… Tout comme les dents auront à voir avec la nacre, la perle…

A contrario: le suspect, le vicieux, le mal est associés aux teints mat, basané, olivâtre et autres…

2. Sous « l’Ancien Régime épidermique » le Beau est associé au bien aussi tout ce qui est pâle, lisse et ferme, vient s’opposé au coup de soleil, au hâle, à la rougeur, la rousseur, les points noirs, les rides, l’acné… il s’agit des stigmates du déclin (ces derniers points n’ont pas trop changés)

3. En pratique des discours d’ordre médical définissent le teint avec les thermes de : fraîcheur, splendeur… synonymes de blancheur.

Discours médical de 1913 :  » Il y a lieu de protéger le visage contre les impuretés du dehors, les variations atmosphériques par une couche de cosmétique et de poudre de riz » Dixit. Dr. Mestadier

Ainsi en page 27-28 du livre on parle de préparations blanchissantes : La préparation d’un lait antéphélique- contre les rousseurs- à base de camphre et d’ammoniaque. « indispensable à la peau quand celle ci à pris un aspect jaune caractéristique ». (Mestadier)

Eau oxygénée, oxyde de zinc, fards blancs, blanc de plomb… bref un appel au cancer précoce.

Les accessoires dont l’élégante doit à tout prix se parer afin de s’aventurer hors de chez elle sont évidemment : les chapeaux à larges bords, les ombrelles, les voiles, les voilettes, ces dernières bien épaisses si l’on pousse l’audace jusqu’au bord de mer.

Bref dans les années 10, la femme est plus idéalisée qu’un être vivant, toutes ces précautions et rigidités en ferait presque oublier la sensualité et la sensibilité comme le dit Pascal Ory page 28.

A la fin XIXème siècle on parle du blanc et du rose aussi bien pour le teint que pour la literie, le fard rose et le vermillon accentuant en contraste la blancheur de la peau (un peu comme les tours de cou en velours noir et les mouches en soie noire au XVIIIème siècle). Le Caravage pourrait nous en apprendre en affaire de contraste (expo à voir au passage).

Comme je l’ai mentionné plus haut la notion de bronzage est associé aux paysans, aux marins, aux colonies et non occidentaux ( soit du au travail extérieur soit par génétique).

La question pigmentaire est une question d’élite mais aussi de genre, qui ne s’adressera qu’aux femmes au début du XXème siècle. Avant guerre on est blanc et après 1945 s’opère un véritablement basculement

Les prémices de se basculement du clair vers le hâle se lisent de-ci de-là dans la presse. Exemple avec l’hebdomadaire « ELLE » (fondée en 1945) qui ne fait plus de pub pour les produits blanchissants mais au contraire pour des produits bronzants et même des articles ayant pour thème de prolonger la coloration de l’épiderme !

Dès 1946 à la différence de 1913, les tâches de rousseur sont valorisées

En amont déjà dans les années 20 (Vogue américain) ou encore Le Petit Echo de la Mode français des années 20-30 puis Marie-Claire (1937) commence déjà doucement à parler du hâle.

Chapitre 2  : QUAND ? 

 

Deux réponses :  Coco Chanel et les congés payés

Gabrielle_Chanel_en_marinière
Gabrielle Chanel en 1928

Chanel incarnant l’individualité et le mythe artistique.

Les congés payés invitant dès 1936 la population sur les plages l’été

La date potentielle du moment où Chanel aurait lancé le teint bronzé (page 36) reste floue entre 1923 et 1927.

Quand aux congés payés, ils inspirent et testent même en 1935 un produit distribué à grande échelle intitulé « Moment 36 » : l’Huile « Ambre Solaire », d’une grande entreprise comme l’Oréal, qui n’aurait jamais lancé cela sans fondement !

Vogue 1928 numéro de Juillet on lit « Etre ou ne pas être halé »

Nouvelle crème Rubinstein dénommé « Gypsy Valaze » permet d’obtenir un teint imitant le hâle naturel sans avoir recours au soleil.

En Août 1929, le visage hâlé est comparé à « une appétissante brioche »

La beauté pour toutes (1933)

Le hâle de la peau – page 23-24

IMG_8359Autrefois, les peaux brunes, loin d’être un attrait, étaient redoutées des femmes. Elles s’ingéniaient à trouver des moyens qui les en préserveraient. Aujourd’hui, c’est avec volupté qu’elles s’exposent aux rayons de Phébus, trop contentes si le chaud soleil daigne les dorer, les bronzer, et même parfois les rougir, ce qui n’est pas le plus joli.
Si ces rayons, bienfaisants lorsqu’ils sont appliqués judicieusement donnent, d’excellents résultats et tonifient l’organisme, il n’en est pas toujours ains lorsqu’on n’a pas le soin d’être prudente et de procéder avec une lente progression. Au bord de la mer, où l’on fait de véritables cures de soleil, il arrive trop souvent que les épidermes fragiles soient attaqués, brûlés, et qu’il se forme de véritables ampoules ou phlyctènes. Pour éviter ces brûlures, tout en faisant des cures de soleil, il faut s’exposer très progressivement à ses rayons, une minute seulement pour commencer et aller tout doucement jusqu’à dix minutes. Si l’on veut, au contraire, éviter le hâle, on se trouvera bien d’appliquer chaque soir la pommade suivante, qu’on laissera une heure pour l’enleer ensuite à l’aide d’eau amidonnée tiède :

Crème oxygénée contre le hâle.
Glycérolé d’amidon…… 30 grammes.
Eau oxygénée à 100 volumes…. 6 – .

Cette crème perd de son efficacité au bout, de quelques jours : il sera bon de n’en faire préparer qu’une petite quantité à la fois et juste au moment de s’en servir.

_____________________

Marie-Claire du 17 Septembre 1937 (six mois d’existence du magazine), l’article va donner des conseils pour que les lectrices conservent certes cet esprit de vacances, mais aussi compare le hâle, les cheveux au vent à l’image d’une sauvageonne qui doit pour la ville retrouver une apparence normalisée, descente.

L’apparition des produits solaires de l’entre deux guerres est un fait économique mais aussi commercial

« Ambre Solaire » crème solaire lancé en 1935 par la société l’Oréal aurait été à l’origine de la vogue du bronzage, mais la chronologie contredit l’hypothèse, la plus grande époque est définitivement l’après guerre avec un succès qui s’étend aux différentes classes sociales. En 35 on peut donc parler d’une amorce qui va de paire avec les congés payés surfant ainsi sur une véritable vague commerciale.

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Ambre Solaire – Huile Filtrante par l’Oréal fin des années 40 (Collection personnelle)

Le vrai produit de lancement est  apparu en 1927 « Huile de Chaldie » entreprit par Jean Patou (qui au passage lance en plein depression le parfum le plus cher du monde « Joy » en 1930).

En 1929 il invente le 1er parfum unisexe « Le Sien ».

Jean Patou ouvre ainsi l’éventail de son Art, parfumeur, couturier et maintenant les cosmétiques.

L’Allemagne arrive aussi au début du siècle avec deux innovations touchant au corps féminin :

  • Le shampooing scientifique (Schwarkopf à partir de 1903)
  • Et la crème de soin « Nivéa Crème » (entreprise Beiersdorf, 1911)

Quand à l’entreprise l’Oréal (symbolique de l’Or) en Avril 1935 les circonstances politiques aidant le succès de l »Ambre Solaire » est respirable dès 1936, mais il sera relancé après guerre à partir de 1948 avec l’utilisation d’une Pin Up en effigie (totems américanisés).

Ambre solaire 1946
Ambre Solaire vers 1948

Les produits ayant l’effet le hâle sont utilisés comme ersatz de bas en l’absence des soies naturelles ou artificielles imposés par la restriction textile.

Musée 39-45 d'Ambleuteuse - Vitrine restriction textile femme 1940 12
« Teinture pour les jambes qui imitait les bas devenus introuvables – Collection du Musée d’Ambleteuse sur la Côte d’Opale visité en Juin dernier  (voir l’article : Mode des années 40 : Musée 39-45 d’Ambleteuse )
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« Je croyais que vous aviez des bas ! » Article du Marie-Claire du 9 Août 1941
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« Mes bas ne se démailleront plus » article du Marie-Claire du 3 Mai 1941
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« Et maintenant la couture; un coup de crayon. Ne bougez pas pour que la ligne soit bien droite. »

Je vous retrouve d’ici la fin de semaine pour la deuxième partie !

 

Bonne fin de semaine !

 

Arlette.

4 commentaires sur “L’Invention du Bronzage de Pascal Ory – Part. 1/2

Ajouter un commentaire

  1. Bel article, merci Arlette.
    Connaissez-vous une des plus belles affiches sur l’ambre solaire de Charles LOUPOT ( grand affichiste du 20ème siècle) de 1936.
    Un must.
    Bien à vous.
    Christophe CROLET

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